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Note : ce making-of a été rédigé alors que seul le chapitre 1 était disponible. Rien ne vous empêche de le lire, mais si cet avertissement est présent, cela sous-entend que la bande dessinée n'est pas encore terminée, et donc, de fait, que vous allez subir ce que certaines personnes éclairées appellent communément un spoil. Maintenant que vous voilà prévenus, enchaînons.

Est-ce que rédiger un making-of pour l’une des plus courtes productions Pixel Stories, qui n’est finalement qu’une histoire de transition entre deux récits plus importants, en vaut vraiment la peine ?

Certainement.

À l’origine de l’Organisation de l’Ombre il y a, les lecteurs les plus au fait le savent, Espion i, bande dessinée créée dans des cahiers de collégien au début des années 2000. Lorsqu’en 2019 j’eus l’occasion de réaliser une bande dessinée se déroulant dans un univers créé par des amis de longue date, ce fut alors l’occasion de réinventer O², sans pour autant l’éloigner de ses racines.

Il s’agirait désormais d’un conglomérat multiversel ayant pour figures de proues non plus des lettres de l’alphabet, mais des humains aux noms de code évocateurs : l’Atout, le Borgne, le Masque… et au-dessus de tout ce petit monde, aussi mystérieux que son casque audio et ses lunettes noires, le Chef d’Orchestre.

Parmi les personnages conçus pour Aventures en Voiture, l’un d’entre eux tira particulièrement son épingle du jeu : l’Éclopé. C’est sans nul doute lui le véritable héros d’Aventures en Voiture, et le destin qui l’attendait dans le quatrième acte, L’Organisation prend le Contrôle™, entérinerait l’importance du bonhomme.

C’est parce que cet homme muni d’une jambe de bois, arriviste, veule, capable de trahir son meilleur ami pour une carte Pokémon, est un personnage d’une ampleur narrative extraordinaire que le Chef d’Orchestre décida spontanément d’en faire son bras droit.

En ce temps-là, je ne connaissais pas encore le Chef d’Orchestre comme je le connais aujourd’hui, et ses projets pouvaient paraître extraordinairement flous. C’est qu’il a toujours eu plusieurs coups d’avance.

Deux autres volets de la saga O² furent lancés à la même époque : d’abord la réécriture moderne d’Espion i (en attente de complétion), et cette bande dessinée, dont le titre préparatoire était Les Complots du Chef d’Orchestre. J’ignore ce qui arriva dans ma tête pour que le titre devînt Les Complots de l’Organisation de l’Ombre, mais enfin, passons.

Ce récit se concentre sur deux personnages uniquement de l’Organisation : l’Éclopé évidemment, le Chef d’Orchestre bien entendu. Après avoir plaqué la Réalité où le récit précédent se déroulait, ils partent aux quatre coins du multivers pour récupérer différentes sources d’énergie ; mais bien sûr, avec l’Organisation, rien ne se passe jamais vraiment comme prévu.

Six chapitres, pas un de plus, pas un de moins, devaient à l’origine chacun se dérouler dans un univers différent, et les titres originaux reflétaient ce choix. Ainsi le premier, New-York, 2075, se déroulait-il dans le monde futuriste post-apocalyptique de l’excellent dessin animé jeunesse Argaï : La Prophétie.

Nous étions alors en 2020, et la bande dessinée est entrée en léthargie au bout de quelques planches à peine, planches qui auront uniquement servi à introduire cet univers (par ailleurs résumé dans Pixels en Vrac), et Guekko.

La vie a suivi son cours. Le projet n’a pas été repris, mais il n’a pas été déclaré nul ou non avenu pour autant. Et en 2024 vint L’Organisation prend le Contrôle™, projet titanesque se déroulant au sein du réseau social Qwice, suite directe de cette bande dessinée, pourtant toujours pas publiée ; suite qui s’offre même le luxe de mentionner des événements qui n’ont techniquement pas été représentés à ce moment-là.

Alors que s’est-il passé ? Qu’ont fait le Chef d’Orchestre et l’Éclopé ? Ont-ils réellement volé ou emprunté à ces six univers ?

En développant ce récit, je me suis rendu compte qu’il n’était pas intéressant de se cantonner à une seule Réalité par chapitre. C’est pourquoi les titres ont changé, pour refléter non plus un monde, mais un concept ; une énergie particulière que l’Organisation va exploiter. La principale différence avec le projet initial est donc fine mais capitale : les univers initialement prévus sont tous là, mais ils ne sont plus seuls. La mémoire n’a pas à se limiter à Argaï. La chance n’a aucune raison d’appartenir uniquement à l’univers d’Escaflowne.

Mais tout comme Les Bijoux de la Castafiore est une bande dessinée dont l’originalité est d’être un huis-clos, ici le huis-clos est humain : aucun nouveau membre de l’Organisation ne pointe le bout de son nez, et seuls le Chef d’Orchestre et l’Éclopé sont les héros de ce récit, qui aboutit en droite ligne à l’œuvre de 2024.

Notez qu’entretemps j’ai changé de logiciel graphique et de façon de concevoir mes bandes dessinées. C’est la raison pour laquelle la police d’écriture change subtilement au cours du premier chapitre… car hélas FireAlpaca n’offre absolument pas le même rendu que Paint. Il a donc fallu tricher un peu ; d’autant plus que certains dialogues ont été retapés pour coller aux événements survenus depuis.

L’idée d’exploiter plusieurs univers fictifs se retrouve dans L’Organisation prend le Contrôle™ ; cependant elle est diluée dans un scénario beaucoup plus vaste. Plus de 75 univers y sont référencés ; et ces références ne sont jamais gratuites. La bande dessinée des Complots est intégralement pensée autour de références de ce type, et s’appuie uniquement sur ces références pour construire une nouvelle histoire.

I. Mémoire

Titre préparatoire : New-York, 2075
Univers explorés : Argaï ; Another Code

Argaï - La Prophétie est l’une des meilleures séries d’animation que la France ait jamais produite. De longues et douloureuses années furent nécessaires avant que le public ait accès à l’intégralité de son contenu, mais enfin un miracle survint et, simultanément, cette série, dont jusque-là seuls six épisodes avaient survécu par le biais d’un DVD (qui est naturellement en ma possession), cette série surgit simultanément sur Amazon Prime et Youtube. Je ne vais pas vous faire un pavé pour vous dire lequel des deux j’ai choisi, vous saurez juste que j’ai en horreur les services d’abonnements qui s’apparentent à de la location et vous en conclurez ce que vous voudrez.

Toujours est-il que c’est dans l’un des premiers épisodes qu’apparait Hector, cible du Chef d’Orchestre et de l’Éclopé dans la première partie du chapitre. Pourquoi lui ? Parce que la série insiste sur le fait qu’il est spécialiste en mémoire. Le sujet est parfaitement adapté aux recherches de notre duo.

Pourquoi pas le voyage dans le temps, sujet qui reviendra plus tard ? En fait, la raison est simple. Le voyage dans le temps de la série Argaï repose sur des mécaniques trop enfantines, et est dans l’ensemble bien décevant dans son fonctionnement, puisque seules deux époques sont explorées de façon binaire - 1250 et 2075 - et puisque par ailleurs la machine ne voyage pas seulement dans le temps, mais dans l’ESPACE-temps, violant la loi sacrée édictée par HG Wells, qui est l’une des bases métaphysiques immuables des récits de l’Organisation de l’Ombre.

Le second sujet du chapitre est la duologie Another Code - rendez un service à la société, ne touchez pas à l’immonde version Switch. La BD ayant été reprise en 2026, j’aurais quand même pu opter pour une représentation de cette version, mais on va être honnêtes cinq minutes. Qui est le voyou qui a estimé qu’il fallait rendre le père d’Ashley si laid ?

L’idée d’utiliser Another Code s’impose d’elle-même pour deux raisons :

1. Je n’aurai probablement pas d’autre opportunité de faire intervenir Ashley dans un récit
2. La machine Another fait partie intégrante du scénario de L’Organisation prend le Contrôle™, aussi il est logique de justifier son existence quelque part ; tout comme il faudra dans un chapitre ultérieur justifier pourquoi l’Éclopé connait Giovanni, du manga Pokémon Spécial.

Même si les voyages temporels et les déplacements entre Réalités permettent des récits d’une souplesse extraordinaire, je suis attaché à la cohérence.

II. Chance

Titre préparatoire : Gaïa
Univers explorés : Donaldville, Les Renés, Les Simpson, Vision d’Escaflowne

L’idée initiale était de reproduire une scène de Vision d’Escaflowne. Une scène que j’ai d’abord vue enfant sur Canal +. Une scène qui m’a tant marqué que je l’ai vaguement reproduite dans l’une de mes premières bandes dessinées papier - je vous redirige vers l’archive d’Espion i, qui vous expliquera mieux que moi Les Lettres font du cinéma.

Mais un problème se pose. Je n’ai pas revu Vision d’Escaflowne depuis très longtemps, et la réalisation d’une bande dessinée ne me semble pas un motif suffisant pour s’envoyer une série d’animation complète, fût-elle objectivement un chef-d’œuvre absolu.

L’ouverture du chapitre ne se fait pas à Gaïa. La chance est le thème de cette portion du récit, et qui est le plus chanceux de tous les personnages de fiction ? Gontran Bonheur. Pour illustrer la puissance de la chance, le Chef d’Orchestre montre donc à l’Éclopé - ainsi qu’au lecteur - ma scène préférée de ce personnage toutes œuvres confondues, issue de la bande dessinée “A little something special” de Don Rosa.

Ensuite, le déplacement d’un univers à l’autre capote. Quel est le point commun des univers dans lesquels aboutit le duo, me demanderez-vous ?
Tout simplement, la grille de diffusion de Canal + à l’époque où cette chaîne diffusait Vision d’Escaflowne.

Je dois ici assumer le fanservice. D’habitude, les références servent le récit. Le principal intérêt ici est surtout de rallonger un chapitre qui aurait autrement été bien court. Et, comme avec Another Code pour le chapitre précédent, c’est l’occasion de faire apparaître dans une production Pixel Stories des personnages qui n’auraient jamais eu leur BD par ailleurs.

III. Étoiles

Titre préparatoire : Ingarie
Univers explorés : Le Château de Hurle, Le Livre des Étoiles

Un chapitre entièrement littéraire. Il était déjà prévu dès le départ de le faire se dérouler dans le monde créé par Diana Wynne Jones. Entretemps, l’éditeur français Ynnis proposait une nouvelle version française aux romans de l’écrivaine, une VF d’une qualité extraordinaire mais vendue à un prix franchement prohibitif. Toutefois, ça ne m’a pas empêché de la lire et de lui trouver des qualités, d’où le choix de suivre le traducteur et de ne plus dire Ingary mais Ingarie. De même, arrêtez avec Frodon Sacquet, fans du Seigneur des Anneaux, et commencez à accepter que l’ancienne traduction est franchement pathétique et minable. Le fait que celle de Daniel Lauzon, qui a déjà plus de dix ans, ne soit toujours pas utilisée comme référence étalon par les grands médias qui se complaisent dans leur médiocrité, relève pour moi de la gageure. Et ne me parlez pas des films svp, les médias n’auraient qu’à diffuser largement les nouveaux noms, ce serait largement suffisant.

L’idée de mettre plusieurs univers dans les différents chapitres remonte à la conception de L’Organisation prend le Contrôle™, mais tout n’avait pas été clairement défini à ce moment-là. En fait, seuls deux univers supplémentaires étaient prévus de longue date : Another Code, et le Livre des Étoiles. Ce dernier récit est d’autant plus d’actualité qu’en dépit de son âge certain (2001 pour le premier volume), il bénéficie depuis quelques années d’une suite remarquable à tous points de vue en dépit de quelques défauts (sans même parler des références de l’auteur qui trahissent imperceptiblement le caractère apocryphe et parfois moins inspiré que l’œuvre originale, le plus gros défaut est certainement le rythme de parution, à un tous les trois ans avec un cliffhanger à chaque fin de volume, j’ai l’impression que l’auteur ne se soucie pas du tout du lectorat). Mais même sans cette suite, l’œuvre originale d’Érik l’Homme reste un monument de la littérature jeunesse.

Il y a un rapport entre les deux œuvres : dans les deux cas, la magie est intimement liée aux étoiles. C’est la raison pour laquelle il m’a semblé à-propos de les réunir dans ce chapitre.

À noter enfin que Hurle et son entourage apparaissent dans L’Organisation prend le Contrôle™. Ce chapitre doit donc assurer un minimum de continuité avec les dialogues déjà existants.

IV. Nucléaire

Titre préparatoire : Black Mesa
Univers explorés : Black Mesa ; Aperture Science

Je voulais un chapitre dans l’univers de Gordon Freeman. Half-Life est l’un des jeux les plus mythiques jamais créés, et il y a une raison.

Le concept associé à cet univers ne peut être rien moins que le nucléaire.

Je n’ai par contre eu aucune idée pour un second univers. Alors pour celui-ci, l’univers reste le même - mais pas la temporalité, ni le lieu. C’est donc à Aperture Science, l’endroit où se déroule la duologie Portal, que se conclut cette portion du récit.

V. Temps

Titre préparatoire : Hill Valley
Univers explorés : Time Hollow, Back to the Future

À une époque, les titres de fiction que je consommais étaient pour beaucoup choisis par l’influence de mes pairs.

Il y a cependant deux œuvres que je suis fier d’avoir découvert plus ou moins seul : la première, Neuro le Mange-Mystère, car ce manga faisait partie des titres référencés par le jeu vidéo Jump Ultimate Stars ; la seconde, Time Hollow.

Car s’il est vrai que j’ai appris l’existence de ce jeu en lisant le Nintendo Mag, il est aussi vrai qu’il n’a jamais été publié en France. Et quelque part tant mieux, quand on considère la qualité plus que discutable de la traduction - je n’oublierai jamais que quelqu’un a trouvé intelligent d’écrire en toutes lettres « mautadit » dans le manuel.

Je ne sais pas comment j’aurais pu avoir la version européenne à l’époque ; ce que je sais c’est que j’ai importé la version américaine et que jamais ce ne sera matière à regret, car ce titre bref mais intense est le meilleur représentant du voyage dans le temps sur Nintendo DS.

Retour vers le Futur, une licence qui compte particulièrement pour moi, pour laquelle je possède un certain nombre d’objets de collection, aurait à vrai dire pu se suffire à elle-même. Un chapitre entièrement dédié aurait certainement fonctionné en raison de la profondeur de cet univers, étendu grâce au remarquable jeu vidéo produit par Telltale en 2010, et étendu par la suite par le biais de comics, qui sont presque tous la parfaite continuation de la célèbre trilogie. Presque, car le tout dernier se vautre en occultant Marty McFly et en optant pour la fantaisie et l’invention historique sur un thème aussi chargé que la Seconde Guerre Mondiale… thème sur lequel je pourrais disserter avec des points de vue tout à fait inédits (la thèse serait : pourquoi la Seconde Guerre Mondiale pourrit la fiction du XXIe siècle), mais ce n’est pas le sujet ici.

En vérité, le convecteur temporel, objet central de ce chapitre, aurait pu être dérobé en deux coups de cuillère à pot. Là encore, Time Hollow est avant tout un moteur de prolongement du récit.

VI. Numérique

Titre préparatoire : Monde Digital
Univers explorés : Freakazoid, Digimon

La licence Digimon m’a accompagné depuis son entrée en France. Il fallait donc que je produise une BD sur ce thème. Un projet Pixel Stories dédié uniquement à cette franchise était d’ailleurs prévu, mais une perte partielle de fichiers l’a plus ou moins condamné à rester en pause, ce qui est fort dommage.

Une BD Digimon existe partiellement… car c’est un thème proéminent de la dernière partie de L’Organisation prend le Contrôle™. Sur plus de 75 univers couverts par cette bande dessinée, Digimon a eu un traitement privilégié, peut-être plus encore que Yu-Gi-Oh! ou Pokémon Spécial.

Le chapitre fait d’abord un détour par la licence Freakazoid. Pourquoi ? Parce que ce cartoon est intimement lié aux premiers jours d’Internet. J’aurais pu opter pour Code Lyoko si j’avais mieux connu ce dessin animé français, mais de toute façon cocorico, la France est déjà mise à l’honneur avec Argaï et le Livre des Étoiles.

Avec Digimon, la situation est particulière. Les Complots ont fait l’objet d’un résumé se terminant ainsi : « Mais quel accord conclut-il avec Yggdrasill, administrateur du Monde Digital ? Qui sait… »… et ce résumé est cité ex nihilo dans L’Organisation prend le Contrôle™ par la Psycho, l’une des membres d’O². Cette dernière révèle alors le secret. Et ce secret doit être gardé jusqu’à cette révélation. C’est dans cette perspective qu’est conçu le dernier chapitre des Complots de l’Organisation de l’Ombre.


Merci d’avoir lu les Complots de l’Organisation, une bande dessinée pourtant pubée nulle part. Si elle vous a plu et que vous avez déjà lu Aventures en Voiture, votre prochaine étape est probablement L’Organisation prend le Contrôle™. Et comme disait le narrateur de Sam & Max: The Devil’s Playhouse, “the ride is about to get… twisty.”

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